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Campagne enneigee
Chers Amis,
En cette fin d'année, je viens vous souhaiter un Joyeux Noël dans la tendresse d'un Dieu qui nous a donné son Fils en cadeau. Meilleurs voeux de bonheur à toute la famille pour 2007.
En cette fin d'année soyez assurés de mes prières.
Père Emmanuel
Date : 20/12/2006
Un travail missionnaire parmi d’autres …….
Deux événements importants….
L’année 2007 approche. C’est donc le moment de prendre la plume pour renouer le contact avec les amis et d’envoyer quelques nouvelles pour faire savoir que l’on existe encore après un long silence !….
Cette année, la Corée n’a pas gagné la Coupe du Monde de football. Elle n’a même pas passé le premier tour comme à la dernière Coupe du Monde qui avait eu lieu en Corée et au Japon. Pourtant tout n’a pas été négatif. L’équipe de Corée a réussi un exploit puisqu’elle a fait match nul avec la France qui a été finaliste. Les Coréens en ont été très fiers. Pour eux, c’est comme s’ils avaient gagné et tant pis pour nous, Français !….. Mais parlons plus sérieusement.
La fin de l’année 2006 a été bien mouvementée dans la péninsule coréenne. Deux événements très importants pour la Corée ont bousculé le train-train des affaires quotidiennes. Le 9 octobre dernier, au matin, nous avons appris que la Corée du Nord avait procédé à un essai nucléaire malgré l’opposition de la communauté internationale, et surtout de son grand voisin protecteur, la Chine. Faire un essai nucléaire, alors que le pays n’arrive pas à nourrir sa population, cela peut sembler incompréhensible et absurde pour qui a un peu de bon sens, mais le gouvernement communiste de Corée du Nord ne se situe pas dans cette logique. On peut d’ailleurs se demander dans laquelle il se situe après cette « prouesse » qui ne va en rien aider sa population affamée. En tout cas les Coréens du Sud ont montré à cette occasion beaucoup de calme et de sang-froid, même si, sans doute, un grand nombre est inquiet pour l’avenir. Ils ne le montrent pas beaucoup. Il n’y a donc pas eu de panique. Que ce soit le gouvernement, les Eglises chrétiennes, les Bouddhistes, les ONG engagées dans des programmes d’aide avec la Corée du Nord, tous ont appelé à la poursuite de l’aide en faveur de la population de la Corée du Nord, en faveur du dialogue avec son gouvernement, car c’est la seule manière de s’en sortir sans trop de casse. J’ai rencontré certains Sud Coréens qui ont l’air de penser que cette menace nucléaire de la Corée du Nord ne les concerne pas. Ils pensent qu’elle est dirigée contre les Japonais et les Américains. Personnellement, je crois que c’est une erreur de penser ainsi, car sachant de quoi le gouvernement de Corée du Nord est capable, on ne peut qu’être inquiet devant une Corée du Nord dotée d’une bombe atomique. L’année dernière un ministre Nord Coréen n’a-t-il pas dit que la Corée du Nord était capable, s’il le fallait, de transformer Séoul en une « mer de sang » ; sans doute faudrait-il dire maintenant, en un tas de cendres. Mais ne soyons pas plus alarmistes que nos amis Sud Coréens qui ont montré, à cette occasion, beaucoup de sang-froid et de dignité.
Au moment où la Corée du Nord faisait exploser sa première bombe atomique, Monsieur Ban Gi Moon, le ministre Sud Coréen des affaires étrangères, était nommé Secrétaire Général de l’ONU. C’est un événement considérable qui montre la place prise par la Corée du Sud sur le plan international. Les Coréens du Sud sont très fiers de cette nomination d’un Coréen à ce poste important. C’est une reconnaissance de tous les efforts qu’ils ont fait durant de longues années pour être reconnus sur le plan international. La Corée, pays ruiné après la colonisation japonaise(1910-1945) et la guerre de Corée (1950-1953), est devenue aujourd’hui un pays moderne, une grande puissance économique (12ième puissance), un pays démocratique après des années de dictature. Elle apporte sa part dans les affaires internationales. C’est un pays avec lequel, il faut compter. Bien sûr, les problèmes ne manquent pas à l’intérieur du pays, mais quel pays n’en a pas ? La nomination de Monsieur Ban Gi Moon à ce poste de responsabilité est donc une sorte de reconnaissance de la place de la Corée dans les relations internationales.
Quelques mots sur la vie de l’Eglise…..
L’Eglise de Corée, bien que plus discrète depuis les années de dictature où elle était très engagée pour les droits de l’homme, avance tranquillement. Un nouveau cardinal a été nommé à la fin de l’année dernière. C’est Monseigneur Jeong l’archevêque de Séoul qui aura 75 ans à la fin de cette année. Il semble, d’après une enquête, que ce soit l’Eglise catholique qui augmente le plus en nombre actuellement. L’Eglise catholique est très présente dans la défense des travailleurs migrants présents sur le sol coréen. Dans presque tous les diocèses, il y a un bureau de consultation et d’aide pour les travailleurs étrangers. Des prêtres, des religieuses et des laïcs se trouvent engagés dans ce travail, à la fois pour les droits des travailleurs étrangers et pour la pastorale. Car parmi ces travailleurs étrangers, il y a des Philippins, des Vietnamiens, des Sud Américains, des Chinois, parmi lesquels on trouve des catholiques. L’Eglise catholique est aussi engagée dans des actions auprès des femmes étrangères mariées avec des Coréens. Aujourd’hui il y en a beaucoup et les problèmes sont nombreux à cause de la différence des cultures, de la langue mais aussi à cause des conditions souvent douteuses dans lesquelles se font ces mariages. C’est un vrai marché où pour quelques millions de wons on peut « s’acheter » une femme étrangère. L’Eglise de Corée se trouve donc engagée auprès de toutes ces personnes qui vivent parfois des drames marqués par la violence, le manque de liberté, l’incompréhension.
Si l’Eglise de Corée se trouve bien engagée dans le travail auprès des travailleurs migrants, pour moi qui travaille à la mission ouvrière de Séoul, il semble que son engagement auprès des travailleurs coréens est presque inexistant aujourd’hui. La JOC, qui a été très active en Corée il y a plusieurs années, a quasiment disparu sans être remplacée par autre chose. S’il existe deux ou trois équipes de jeunes travailleurs sur Séoul, ce doit être à peu près tout pour la Corée. L’ACO existe aussi à Séoul où il y a plusieurs équipes. J’en accompagne deux. Il existe aussi des équipes dans les diocèses d’Incheon, de Taegu, et de Masan. En fait peu de prêtres coréens ou de religieuses s’intéressent vraiment au monde ouvrier coréen. C’est un constat et on ne peut que le regretter. En fait l’Eglise de Corée est une Eglise bien organisée, dynamique, capable d’organiser toutes sortes de grands rassemblements, des conférences, des formations; elle est aussi présente dans le caritatif et est assez efficace. Sa faiblesse réside, à mon avis, dans son manque d’accompagnement pastoral. Le clergé reste bien marqué par la culture confucéenne et a une position plus de leadership que d’accompagnement, dont les chrétiens ont de plus en plus besoin.
Un aperçu de mon travail missionnaire….
A différentes reprises, j’ai parlé de mon travail auprès des accidentés du travail et des silicosés. Notre petite équipe de Séoul continue ses visites dans les familles et dans les hôpitaux. Depuis l’été dernier, nous avons été très engagés, avec d’autres associations, dans la défense des accidentés du travail et des silicosés. La raison en est que la loi du travail qui existe depuis 1984 va être bientôt révisée. Le processus est déjà commencé. Nous avons rencontré les responsables des deux plus grands syndicats de Corée pour leur parler des problèmes concrets des gens que nous rencontrons. Les syndicats sont bien au courant du problème des accidentés du travail ; par contre ils ne connaissent pratiquement rien du problème des silicosés, abandonnés à eux-mêmes dans 90% des cas (seul 10% ayant la silicose, avec une maladie du poumon associée sont pris en charge par l’Etat) et ont été étonné quand nous leur avons parlé de la situation lamentable dans laquelle ils se trouvent aujourd’hui. Nous avons aussi rencontré la commission tripartite (syndicats, patrons, gouvernement) chargée de la révision de la loi du travail. Puis nous sommes allés à l’Assemblée Nationale où nous avons rencontré le secrétariat du chef du parti au pouvoir pour lui exposer les problèmes des accidentés du travail et des silicosés. Un peu plus tard nous avons encore rencontré le chef du Parti Démocratique du Travail. Nous sommes allés aussi parler aux responsables des affaires sociales et au ministère du travail. Nous avons été un peu étonné de voir combien tous ces responsables de grandes organisations semblent eux aussi coupés des milieux populaires, même lorsqu’ils sont sensés les représenter. En fait, pour nous, ils en sont très loin aujourd’hui, même si dans le passé, plusieurs d’entre eux ont milité dans des organisations des droits de l’homme, ou dans des syndicats ouvriers.
Peut-être qu’en lisant ces lignes, certains se demandent ce que toutes ces activités ont à faire avec la mission d’annoncer l’Evangile aujourd’hui. Il y a certainement différentes manières de vivre et de s’engager dans la mission. En Corée, la plupart des prêtres et des religieuses sont engagées dans une pastorale classique dans les paroisses où ils font un travail extraordinaire. Certains missionnaires aussi sont encore engagés dans ce type de travail. Tout cela dépend des besoins de l’Eglise où les missionnaires travaillent. En Corée, le clergé est très nombreux et pour les missionnaires, à qui on n’offre pratiquement plus de travail en paroisse, s’offrent des possibilités de travailler autrement, de s’ouvrir à autre chose. Certains sont engagés dans le dialogue interreligieux, d’autres sont dans la pastorale de la santé, d’autres sont dans les séminaires, et quelques-uns sont dans la mission ouvrière. Pas de concurrence ici avec les prêtres coréens qui sont peu intéressés par ce travail, qui, il faut l’avouer, n’est pas toujours facile. En effet, 99% des personnes que nous rencontrons ne sont pas chrétiens, ni catholiques ni protestants. Nous n’allons donc pas leur proposer d’assister à la messe, ni même de faire des partages d’Evangile. Ils sont en général assez méfiants des organisations qui essaient de les enrôler. Avec certains nous faisons parfois des réunions pour partager sur leur vie, leurs difficultés depuis qu’ils sont devenus infirmes à cause de leur accident. Nous avons vu beaucoup de couples se dissoudre lorsque le mari se trouve du jour au lendemain privé de ses mains, de ses jambes, brûlé sur tour le corps, sa femme ne supportant pas de vivre avec un infirme. Nous faisons aussi des sorties avec eux. Notre travail est un travail d’enfouissement, d’incarnation, c’est un travail d’accompagnement. Nous ne cherchons pas à les convertir, et ils le savent ; c’est peut-être à cause de cela que sur le long terme ils nous font confiance et nous respectent. Sans doute est-ce un peu prétentieux de le dire ; mais nous essayons d’être simplement comme le Bon Samaritain de la parabole : nous arrêter un moment avec ces silicosés et ces accidentés du travail oubliés par la société, et les accompagner pour essayer de guérir leurs blessures, morales surtout. Bien sûr, il y aurait bien d’autres choses à faire ; on pourrait sans doute être plus efficaces ailleurs. Il y aurait des baptêmes à faire, des messes à dire, des chrétiens à former et bien autres choses…. Mais pour notre équipe, sœur Cécilia du Prado, pour Rosa, une laïque qui travaille avec nous et pour Angéla, mère de famille dont le mari a eu les huit doigts de la main coupés sous une presse, travailler pour la dignité de ces travailleurs oubliés par la société, être solidaire d’eux, leur consacrer du temps, c’est un travail missionnaire et un travail d’évangélisation. Nous n’en doutons pas un instant, même si nous ne faisons pas de baptême, ni ne célébrons beaucoup de messes.
L’aumônerie francophone de Séoul….
En plus de cet engagement dans la mission ouvrière, je suis aussi en charge de la communauté francophone catholique de Séoul. Cette communauté est surtout composée d’expatriés surtout français, mais on y trouve aussi quelques Africains, parfois des Belges, et il y a aussi quelques Coréens francophones qui y viennent régulièrement. Ce n’est pas une grosse communauté. En temps normal, environ une cinquantaine de personnes en comptant les enfants, participe à l’Eucharistie qu’on célèbre tous les samedis soir. Les jours de grande fête, il peut y en avoir une centaine. Les mamans se sont bien organisées pour faire le catéchisme. On a un problème pour atteindre les jeunes après la troisième. Au début de cette année scolaire, en octobre, on a organisé une sortie à Séoul, à l’Eglise de Choldusan consacrée aux martyrs de Corée. On était 80 environ. On a prévu une autre sortie à la fin de l’année. Parfois, je dois assurer des préparations au mariage ce qui est toujours un peu compliqué. L’année dernière j’ai dû le faire plusieurs fois. Je dois aussi de temps en temps, surtout à la fin de l’année scolaire, faire des préparations au baptême d’enfants. Mais je n’ai pas encore fait de célébration de baptême d’enfants ici, la plupart des gens préférant faire la cérémonie de baptême dans leur paroisse d’origine en France ou ailleurs. L’année se termine par la journée des sacrements à la fin mai, où tous les enfants et les jeunes qui se sont préparés pendant l’année reçoivent soit le baptême, soit font leur première communion, leur profession de foi et la confirmation. En fait cette communauté d’expatriés est très mouvante. Les gens changent souvent. Ils restent 3 ou 4 ans dans le pays et sont remplacés par d’autres. De plus, dès qu’il y a des vacances scolaires, beaucoup s’en vont avec les enfants passer quelques jours de vacances à l’étranger. Lorsque des activités sont proposées par des associations d’expatriés, beaucoup manquent la messe du samedi soir. Il n’est donc pas très facile d’organiser des activités régulières dans un monde aussi mouvant. J’essaie de faire pour le mieux pour être au service de tous. Mais c’est un travail bien différent de celui que je fais durant la semaine à la mission ouvrière. Les milieux sont différents, les activités aussi ainsi que les objectifs….
J’aurais encore bien des choses à vous dire : des nouveaux visages à présenter, des histoires vécues à raconter….. Ce sera pour une autre fois. Et puis en été 2007, je pense prendre des congés en France. Ce sera l’occasion de revoir quelques-uns d’entre vous et de reparler de tout cela. Bonne fête de Noël à tous dans la paix apportée par l’enfant de la crèche, et meilleurs vœux de bonne santé et de bonheur pour l’année 2007.
Séoul- Décembre 2006-
Emmanuel Kermoal, mep




