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La mission au fil des jours n’a rien d’extraordinaire, du moins celle qui m’a été confiée il y a déjà trois ans. Notre travail est fait de visites dans les hôpitaux et dans les familles pour y rencontrer des accidentés du travail et des silicosés. Cette fin d’année est l’occasion pour moi de partager quelques moments qui m’ont marqué depuis mon retour en Corée après le congé de cette année en France durant l’été. Je suis revenu en Corée le 31 août et le travail a repris tout de suite. Je ne vais pas raconter ici toutes les rencontres et tout ce que notre équipe a fait, ce serait bien ennuyeux et beaucoup trop long. Je voudrais seulement partager quelques rencontres, quelques événements qui font ma mission ici.
Date : 16/12/2007
Auteur : Emmanuel Kermoal, mep
LA MISSION AU FIL DES JOURS : MORCEAUX DE VIE ……. |
Séoul – Décembre 2007
La mission au fil des jours n’a rien d’extraordinaire, du moins celle qui m’a été confiée il y a déjà trois ans. Notre travail est fait de visites dans les hôpitaux et dans les familles pour y rencontrer des accidentés du travail et des silicosés. Cette fin d’année est l’occasion pour moi de partager quelques moments qui m’ont marqué depuis mon retour en Corée après le congé de cette année en France durant l’été. Je suis revenu en Corée le 31 août et le travail a repris tout de suite. Je ne vais pas raconter ici toutes les rencontres et tout ce que notre équipe a fait, ce serait bien ennuyeux et beaucoup trop long. Je voudrais seulement partager quelques rencontres, quelques événements qui font ma mission ici.
5 septembre : Ce matin, je retrouve Sœur Cécilia, sœur du Prado avec qui je fais équipe depuis trois ans pour la pastorale des accidentés et des silicosés. Nous avons rendez-vous à l’hôpital H, situé pas très loin du quartier où j’habite. Le 7° étage de cet hôpital est réservé aux grands brûlés, victimes d’accidents du travail. J’y vais régulièrement. Pourtant ce matin, j’ai eu un choc en entrant dans une chambre. Il y avait là deux accidentés. L’un, Monsieur K., a 50 ans. Il est étendu sur son lit, sa femme assise près de lui. Après un choc électrique qui a traversé tout son corps, les médecins ont dû amputer son bras droit et sa jambe droite. Monsieur K. est catholique et il nous dit en souriant que maintenant il a beaucoup de temps pour lire la Bible. Ce qu’il ne pouvait pas faire auparavant. J’admire son humour, sa force de caractère. Il a en effet sur la petite table près du lit une grosse Bible. Nous parlons un instant avec lui. Aidé par sa femme, il semble avoir rempli les papiers nécessaires pour être reconnu comme accidenté du travail et toucher 70% de son salaire durant le temps où il sera à l’hôpital. Il a l’air content de nous voir.
Son voisin, Monsieur P., 48 ans, est beaucoup plus mal-en-point. Il est, lui aussi, étendu sur son lit. Mais lui n’a plus de bras du tout Il a aussi reçu un choc électrique au travail qui l’a brûlé à 60%. Les médecins ont dû l’amputer des deux bras !… Pouvons-nous nous imaginer sans bras ? Il ne peut rien faire seul ; il doit se faire aider pour manger, pour aller aux toilettes, pour s’habiller, pour tout. Monsieur P. est toujours en état de choc. Il a du mal à s’exprimer. Sa femme nous parle de son désarroi. Elle nous dit qu’elle a été catholique autrefois mais qu’elle est redevenue bouddhiste. Nous l’écoutons car elle a besoin de parler. Elle doit s’occuper de son mari du matin au soir. Avec son mari, elle passe sa vie à l’hôpital. Voilà deux vies brisées par le travail….
Ces deux rencontres, ce jour-là, résument un peu notre travail auprès des accidentés. Les ouvriers manuels, surtout ceux qui travaillent dans les petites entreprises paient un lourd tribut au travail. Les doigts coupés, les mains coupées, les bras et parfois les jambes coupées, nous en voyons tous les jours. Les chocs électriques sont aussi courants. Nous ne réalisons pas de miracles, nous n’en avons pas les moyens. Nous gardons des contacts, nous nous téléphonons, nous essayons de faire vivre l’espérance. C’est cela notre mission. Je n’oublie pas Monsieur K. et Monsieur P., victimes du travail…Leurs visages sont présents dans notre prière du soir avant de nous endormir…
6 septembre : notre équipe se retrouve à l’hôpital V ce matin… Nous y allons une fois par semaine pour y rencontrer les silicosés qui viennent y passer la visite médicale à laquelle ils ont droit une fois par an. Aujourd’hui ils sont neuf. Parfois ils sont plus nombreux, une vingtaine. Ce sont, pour la plupart d’anciens mineurs de fond. La plupart sont malades depuis déjà vingt ans. En Corée, la loi concernant la silicose est compliquée et nous paraît injuste. En effet seulement 10% des malades de la silicose sont pris en charge par l’Etat. Pour cela il faut avoir en plus de la silicose, une des neuf maladies associées à la silicose telle que le cancer du poumon, la tuberculose etc…. Si on n’a que la silicose, on ne touche pratiquement rien sinon une petite compensation lorsque la silicose est reconnue. Aujourd’hui environ 3.700 silicosés sont pris en charge par l'État, mais les 30.000 qui restent avec la seule silicose ne touchent rien. Cela veut dire que la silicose n’est pas reconnue pour ce qu’elle est, une maladie du travail. C’est pour cela, qu’avec une association de malades de la silicose, nous sommes engagés dans une longue lutte pour que justice soit faite à ces vieux travailleurs oubliés par la société.
8 septembre : c’est samedi aujourd’hui. Je retrouve notre groupe de missionnaires francophones qui se retrouvent une fois par mois pour partager l’Evangile et se donner des nouvelles. C’est un groupe très varié : il y a un frère de Taizé, deux petits Frères de Jésus, (Charles de Foucauld), une petite sœur de Jésus, deux mep, une sœur auxiliatrice, une afi, une sœur de Nevers, une jeune belge des Serviteurs de l’Evangile. C’est un bon groupe qui nous permet de partager, de prier, de se donner des nouvelles. Ce groupe existe depuis très longtemps et malgré quelques départs, il y a toujours quelques entrées. Tout se fait dans la bonne humeur.
A 18h00, Je retrouve la communauté francophone de Séoul dont je suis responsable. Aujourd’hui, c’est la messe de rentrée. Il y a quelques nouveaux qui viennent d’arriver. J’en fais connaissance. Il faudra faire le programme d’année. Cela se fera dans les jours qui viennent.
9 septembre : comme tous les dimanches matin, je quitte la maison à 5h30. Je vais célébrer la messe à la « Maison de Simon ». Durant trente ans, cette maison a accueilli des tuberculeux mais depuis deux ans, les soeurs responsables ont changé de direction. C’est devenu une maison pour personnes âgées. Les sœurs m’ont demandé de continuer à venir célébrer. C’est un peu loin de la maison. Il me faut presque deux heures pour y aller par métro puis par bus. J’aime y aller. La maison se trouve à la campagne. L’accueil est simple… Cela me change du travail de tous les jours
14 septembre : visite de famille aujourd’hui. Je suis allé voir Monsieur L. chez lui. C’est aussi un ancien mineur, malade de la silicose. Il a aussi un frère qui est hospitalisé de la silicose. Monsieur L. est très handicapé. En plus de la silicose, il est devenu paralysé. Il a du mal à marcher et à parler. Je vais le voir assez souvent. On est devenu un peu ami. Il me dit sa douleur de ne pas pouvoir communiquer car il aussi du mal à parler à cause de son handicap. Sa femme était là ce jour-là car elle a travaillé de nuit. Elle travaille dans une usine de voitures à la cuisine. Ils sont très contents de ma visite et m’invitent pour la grande fête du Chusok, qui est l’une des grandes fêtes traditionnelles de la Corée. Je ne pourrais pas, hélas, y venir.
16 septembre : après la messe à la « Maison de Simon », je retrouve la fraternité laïque Charles de Foucauld. J’accompagne une équipe une fois par mois. Ils ont l’Eucharistie, un partage d’Evangile. Puis ils partagent le repas. Ensuite ils font un partage de leur vie, puis une étude des écrits de Charles de Foucauld. Ils terminent par une méditation devant le Saint Sacrement. Ils essaient de vivre selon l’esprit de Charles, enfouis dans le monde. Ce dimanche, toutes les équipes de Séoul se sont retrouvées pour accueillir une Vietnamienne qui est venue en Corée leur rendre visite. Au Vietnam, il existe encore peu d’équipes. Je trouve très belle cette visite et ces laïcs qui essaient de vivre l’Evangile enfouis dans la société. Je concélèbre avec le Père Vincent, un petit Frère de Jésus, encore très actif malgré ses 80 ans passés
19 septembre : ce matin à 8 heures, notre équipe prend le train pour Taebaek, la région des mines. Dans le train il y a une vingtaine de malades de Séoul qui viennent avec nous. L’association des malades avec laquelle nous travaillons organise aujourd’hui une conférence pour faire le point sur ce qui peut-être fait à l’avenir pour les silicosés. Des professeurs que nous connaissons participent à la table ronde. C’est un succès car il y a plus de 600 silicosés qui sont venus. C’est l’occasion pour nous de revoir des malades que nous n’avions pas vus depuis un moment. Le soir nous visitons le bureau de l’association des silicosés et nous mangeons avec les responsables. Nous parlons surtout des luttes à venir : une manifestation à Séoul en octobre et une grève de la faim.
20 septembre : nous rendons visite à Monsieur C. C’est un vieux mineur que nous avons déjà rencontré. Ce matin-là, ils nous parle avec beaucoup de dignité de sa vie et de sa souffrance. Il a perdu un œil durant la guerre de Corée dans laquelle il a été enrôlé très jeune. Puis il a travaillé une quarantaine d’année dans la mine. Aujourd’hui en plus de la silicose, il a un gros diabète. Sa femme est décédée l’année dernière. Nous avions eu l’occasion de la voir avant son décès. Son grand fils est là aussi. Il a une quarantaine d’année. Il est handicapé, paralysé. Mais ce n’est pas la conséquence d’une maladie. C’est beaucoup plus triste. Lorsqu’il a été à l’armée, un jour, il a été tellement maltraité par des chefs, tellement frappé sans raison qu’il en est resté paralysé.. Durant toutes ces années, il n’a rien reçu comme compensation pour ces mauvais traitements. Depuis quelque temps, aidés par différentes personnes, il a entrepris de porter plainte contre l’armée pour ce qui est arrivé à son fils. Monsieur C. nous parle de tout cela avec beaucoup, de dignité, mais aussi avec beaucoup de peine. Dernièrement, sa fille qui était mariée, a dû divorcer à cause de son mari qui la frappait. Elle est revenue chez son père et Monsieur C. l’a accueillie comme un vrai père. Elle travaille depuis peu dans un restaurant. Nous avons vu sa petite fille qui allait à l’école lorsque nous arrivions. Ce jour-là en écoutant parler Monsieur C., j’ai eu le sentiment d’avoir rencontré un juste. Que serait notre monde sans ces justes qui portent notre monde avec autant de dignité ?…
3 et 4 octobre : visite du président Sud Coréen, No Mu Hyun, en Corée du Nord. Tous les journaux, les télévisions en parlent. C’est une bonne nouvelle que le Nord et le Sud se rencontrent après tant d’années vécues dans la haine l ‘un de l’autre. La route vers l’unification s’entre-ouvre, mais elle sera longue. Il y a à peine un an, la Corée du Nord faisait son premier essai nucléaire. Le problème n’est pas encore complètement réglé, mais il y a de l’espoir. Le régime dictatorial nord-coréen n’a pas encore changé. Le peuple nord-coréen a encore faim. Mais cette visite permet un début de dialogue. C’est toujours mieux que les discours belliqueux. Mais attendons……
7 octobre : après la messe à la maison de Simon, je vais à Tuksom situé près du fleuve. La JOC coréenne prépare son cinquantième anniversaire pour 2008. Elle invite les anciens jocistes du nord de Séoul à passer une journée ensemble. De 1985 à 1991, j’ai accompagné plusieurs équipes de JOC dans le nord de Séoul. J’ai le plaisir de rencontrer des anciens de la JOC. Certains ont déménagé ailleurs. Mais un certain nombre s’est engagé dans l’ACO. Je rencontre Marie P…. Autrefois elle a fait la JOC. Elle travaille sur les grands chantiers de construction de Séoul comme grutière. D’ailleurs elle a fondé le syndicat des grutiers de Séoul. C’est une vraie militante. Elle est venue avec ses enfants et ses amies de l’ACO, car elle s’est aussi engagée dans la l’ACO. Cela me fait plaisir de voir ces anciens jocistes qui se sont engagés dans l’ACO après la JOC. Beaucoup ont souvent du mal à faire ce pas, se contentant bien souvent de jouer aux « anciens combattants », en se rappelant combien la JOC était bien. J’ai revu aussi C. Maria, ancienne responsable de la JOC du Nord de Séoul, et ancienne responsable nationale, et maintenant responsable de l’ACO d’Incheon. Maria travaille toujours dans une petite usine de confection. Elle n’a rien perdue de son engagement auprès de ses camarades ouvrières. Elle vit tout à fait l’esprit de Joseph Cardin, le fondateur de la JOC. Nous avons célébré l’Eucharistie en plein air. Le père Ku Job, un prêtre pradosien, ancien aumônier national de la JOC a présidé. On a partagé le repas ensemble et discuté sur l’avenir de la JOC en Corée qui essaie de renaître de ses centres. Il y a plusieurs équipes sur Séoul et sur Taegu. La JOC n’est pas morte. Il y encore beaucoup de travail à faire au milieu des jeunes travailleurs.
12/11/10 octobre : notre équipe a pris le train ce matin pour aller dans un centre passer 3 jours. Ce centre se trouve dans un endroit isolé dans la montagne dans la province du Kangwon. Deux fois par an, au printemps et en automne nous prenons le temps pour souffler un peu. J’ai fait un petit exposé sur les prophètes, puis nous avons partagé là-dessus. Nous avons aussi fait un petit bilan sur les 6 mois passés et nous avons fait un plan pour l’année qui vient. J’ai beaucoup apprécié ces trois jours. Cela permet de se refaire un peu. Le dernier jour nous avons traversé la montagne pour arriver sur une cascade haute de plusieurs mètres.
14 octobre : ce soir, je retrouve une de mes équipes d’ACO. Nous n’avons pas de réunion. Ils voulaient simplement m’inviter à manger au restaurant. Cette équipe est composée surtout de jeunes couples. Ils se réunissent une fois par mois dans une famille. Ils sont fidèles et préparent bien leur réunion. Mais ils sont pris par leur travail et ont peu de temps libre. On est loin des 35 heures en Corée. Ce soir-là, nous avons mangé du chien. En France, ça serait mal vu, mais en Corée c’est un plat de choix. J’aime bien.On a arrosé le chien avec quelques verres de soju, l’alcool le plus populaire en Corée que j’apprécie moyennement….
16 octobre : après la visite aux silicosés du grand hôpital de Sainte Marie à Yoido, je vais à Kwanghwamun, au centre de Séoul, pour rejoindre les silicosés qui organisent une manifestation pour alerter les autorités mais aussi l’opinion publique sur leurs problèmes. En effet beaucoup de Coréens pensent que tous les silicosés sont pris en charge par l’Etat alors que c’est complètement faux. Des bus sont venus de Taebaek, la région des mines, de Sangju, et il y a aussi beaucoup de silicosés qui sont venus de Séoul et de la banlieue. Ils sont plus de 600. La manifestation est pacifique. Nous sommes bien encadrés par la police. Il n’y a pas eu de violence. Les anciens mineurs ont voulu montrer aux gens la pénibilité de leur travail en mimant le travail de la mine. Cette petite manifestation est un bon début pour faire connaître leurs problèmes. Pour beaucoup de ces malades, ce rassemblement, même limité, est comme une résurrection, après toutes ces années vécues à l’écart de tout. C’est une première réussite. On se donne rendez-vous pour la semaine prochaine lorsque la grève de la faim va commencer.
18-19 octobre : ce matin départ devant l’hôpital de Sainte Marie à Yoido avec les silicosés. Nous faisons une sortie de deux jours sur la côte nord-est. La compagnie nationale des autoroutes de Corée nous prête pour une nuit leur centre de vacances qu’ils ont dans la montagne du Sorak, près de la côte est. Le bus est plein et plus tard, une quinzaine de malades de Taebaek, la région des mines, vont nous rejoindre. En arrivant, nous prenons un téléphérique pour monter sur la montagne du Sorak. Il fait très beau. Le spectacle est magnifique. Le soir, avant le dîner, nous écoutons un médecin nous dire comment un silicosé doit prendre soin de sa santé. Le lendemain nous allons au bord de la mer et nous visitons un grand temple bouddhiste. Puis nous prenons le chemin du retour pour Séoul. Tout le monde a l’air d’avoir apprécié ces deux journées de sortie car peu ont l’occasion de sortir.
21 octobre : la communauté francophone a organisé une sortie de rentrée à Chonjinam, le berceau de la naissance de l’Eglise de Corée. C’est là que des lettrés coréens ont étudié avec beaucoup d’assiduité les écrits des missionnaires de Chine et qu’ils ont décidé de devenir chrétiens. Nous avons retenu deux noms bien connus des Chrétiens coréens : Lee Byok, animateur de ce groupe et Lee Seung Houn , le premier baptisé officiel coréen, en 1784, à Pékin. Cette journée nous a permis de mieux connaît l’Eglise de Corée et aussi de mieux nous connaître puisque des nouveaux sont arrivés dans la communauté. Nous étions environ une soixantaine. Ce fut une très bonne journée, remplie de bonne humeur et de soleil…
26 octobre : départ ce matin à 8h00 pour Kohan, petite ville près de Taebaek, la région des mines. Après la manifestation de Séoul, les silicosés continuent leur lutte. À tour de rôle ils ont commencé une grève de la faim. Un d’entre eux, plus jeune, va faire 31 jours de grève de la faim. Nous les avons rencontrés dans la tente qu’ils ont montée sur la place de la petite ville. On a passé un petit moment avec eux. Ils nous parlent des rencontres qu’ils font avec les autorités…. Ils préparent aussi une manifestation dans la ville de Taebaek. Nous les assurons de notre soutien. Voir ces vieux mineurs se battre pour leur dignité et la justice nous donne aussi du courage pour continuer notre travail.
7 novembre : nous avons pris le bus ce matin pour aller à Taebaek à la manifestation avec les silicosés. Un bus est parti de Séoul. Comme il y avait trop de monde, notre équipe a pris un autre bus. Ils étaient un millier. La manifestation s’est bien passée même si à certains moments certains voulaient en découdre avec les policiers qui nous empêchaient de rentrer dans la cour du bâtiment qui abrite les bureaux du ministère du travail. Après des pourparlers, le responsable du bureau est descendu parler aux manifestants et on lui a remis les revendications : que chaque malade de la silicose reçoive chaque mois une compensation qui lui permette de vivre décemment, que les visites médicales soient faites avec plus de sérieux, car beaucoup en doutent… Ce fut une bonne journée pour tous. On remettra ça bientôt…
9 novembre : nous avons été à l’hôpital de Ansan qui se trouve assez loin de Séoul. Nous y avons rencontré S. « Emmanuel » qui avait demandé le baptême il y a quelque temps. C’est aussi un silicosé. Il ne peut plus parler, mais il nous reconnaît, la sœur et moi. Il est mourant, mais il a souri lorsque nous l’avons quitté. Il était heureux d’avoir reçu le baptême. Sa femme est près de lui. Elle nous a beaucoup parlé de lui. Elle est pleine d ‘énergie pour soigner son mari. S. Emmanuel est décédé quelques jours après notre visite, le 11 novembre. Encore un de nos amis qui nous a quittés. Il avait une soixantaine d’année.
11-19 novembre : session mep sur « la religion de l’autre » au Cambodge à Siem Riap, où se trouve les temples d’Angkor…. Grâce à Dennis Gira, notre modérateur nous avons passé une bonne semaine à échanger sur nos expériences à partir des rencontres de la religion des autres, et nous avons aussi visité les splendides temples d’Angkor. C’est exceptionnel… À la fin de la session, j’ai pris trois jours pour visiter un coin du Cambodge où travaillent quelques confrères. Je suis allé à Kompong-Cham. Le Père Ponchaud nous a emmenés dans une communauté qui se trouve au milieu des rizières et le dimanche matin nous avons pu voir sa petite communauté rassemblée pour la liturgie de la parole. Ce fut intéressant de voir ces paysans de la rizière discuter avec François sur les textes de la messe. Ils ne sont pas encore baptisés…
22 novembre : nous sommes allés avec les silicosés manifester devant un hôtel casino construit dans la région des mines pour aider cette région à se développer. Mais en fait peu de gens du coin profitent de l’argent gagné par le casino et surtout pas les silicosés. Nous étions environ un millier. La manifestation s’est bien passée. On a brûlé des pneus qui ont fait une fumée noire. Les silicosés ont réussi par ces actions à ce qu’on s’intéresse à leurs problèmes. Des journaux ont fait des articles pour présenter leurs demandes et des télévisions en ont un peu parlé dans les journaux télévisés…
2 décembre : Avec la sœur Cécilia, nous sommes allés à Taebaek cet après-midi pour visiter le responsable en charge de la lutte que mènent les silicosés. Après 31 jours de grève de la faim, il a arrêté, mais jeudi dernier devant la mauvaise foi des gens avec qui il dialoguait, il s’est coupé volontairement un doigt. Nous sommes allés le voir à l’hôpital. Il y était avec sa femme. Nous avons bien discuté avec lui. Son geste a fait bouger les choses. L’association des silicosés a été invitée à rencontrer le ministre du travail ce mardi 4 décembre et ce jeudi 6 une commission de divers représentants travaillant avec les silicosés et des médecins spécialistes, des syndicalistes a été formée. Notre équipe de la pastorale pour les accidentés du travail et des silicosés a aussi été invitée. Nous allons y participer ce jeudi 6 décembre
Voilà, Noël approche. Je vais terminer ici la « mission au jour le jour ». Il y a plus de deux mille ans, Jésus, le Fils de Dieu, est venu partager la condition des hommes, surtout celle des plus pauvres et des plus faibles. Il est venu restaurer la dignité des hommes. Pour nous, la rencontre avec les accidentés du travail et les silicosés est tous les jours une rencontre avec Jésus lui-même. Leur combat est un combat pour la justice et la dignité… Nous essayons d’y apporter l’esprit de l’Evangile dans le respect des convictions de chacun…C’est bien peu de chose, mais cela est notre mission…. Et cela suffit à notre bonheur. Bon Noël à tous et Bonne Année 2007. Emmanuel Kermoal, mep


